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vendredi 8 mai 2020

''Nous ne vendons pas ce livre: il est interdit''

''Je ne peux même pas lire ce que je veux sans que Franco soit derrière pour m'enlever le livre des mains?!''

        Nous nous ne trompons pas si nous disons qu'avec Franco, la censure n'avait pas de limites: nous l'avons amplement démontré. 

        Cependant, il reste encore quelques domaines à analyser. Dans cet article, nous traiterons la censure dans la littérature. Bien évidemment, les livres ne pouvaient pas échapper aux yeux des censeurs, car ils sont une source d'endoctrinement et ils propagent des idées qui pouvaient aller contre l'idéologie franquiste.




        Un clair exemple est le roman 1984 de George Orwell. En effet, il a été censuré à cause de ses idées communistes et les scènes sexuelles explicites.



        «Big Brother is watching you»... 1984 est à l'origine du show de téléréalité le plus connu au monde. On pourrait se demander si les régimes autoritaires où tout était surveillé n'auraient-ils pas inspiré Orwell à écrire ce bouquin...


        Nous avons tout de même La Regenta, l'un des meilleurs romans espagnols. Pourquoi? L'un des piliers fondamentaux de la dictature était l'appui et la puissance de l'Église. Il était impossible pour Franco de vendre des livres qui allaient contre la morale religieuse et l'anticléricalisme...

        Et pour des raisons morales, une oeuvre essentielle et primordiale pas seulement dans la littérature espagnole, mais la littérature internationale, était aussi interdite: nous parlons de Don Quijote de la Mancha, de Cervantes.

Archivo:Portada de La Regenta (1884-1885).jpg - Wikipedia, la ...                        Archivo:El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha.jpg ...


        Les voyages de Gulliver était aussi une oeuvre interdite parce qu'elle était considérée une satire de la société et de la condition humaine... Et L'Étranger de Camus ne fut pas traduit. Voici ce que le censeur disait à propos des livres de cet auteur: «si on ne va pas publier un livre en espagnol, faisons-le dans sa langue originale, comme ça, peu de gens, à part les plus cultes, l'achèteront».

        Franco osa censurer les grands classiques de la littérature espagnole et mondiale. Où allaient tous ces livres? Ils étaient brûlés. Oui, comme dans la période de l'Inquisition, il y a 400 ans déjà. À Barcelone, par exemple, 72 tonnes de livres furent brulées après la Guerre civile espagnole, et la plupart d'entre eux étaient en catalan. Tout un crime contre la culture.

        Or, quelques librairies et bibliothèques (très vaillantes) continuaient d'avoir des livres interdits, et certaines maisons d'éditions poursuivaient l'impression et la commercialisation de livres de contrebande. Des livres à thématique politique (d'un point de vue républicain et progressiste), homosexuelle, et toutes celles qui allaient contre les préceptes du régime franquiste étaient confisqués.



Libro Páginas Quemada - Foto gratis en Pixabay

        Si vous étiez à l'époque de Franco, oseriez-vous vendre des livres interdits en contrebande? Réagissez et commentez à propos de cet article!


Armando Rouge


Vous pouvez consulter ce guide de livres interdits au long de l'histoire moderne pour d'autres exemples dans le monde


Tout de même, consultez cet article à propos de ce sujet: Los libros prohibidos durante la dictadura franquista

jeudi 23 avril 2020

La censure aux affiches de films: la censure au cinéma


Imaginez que vous regardez un film et que, en plein milieu de l'intrigue, il y a une coupure: une partie du film a été supprimée. 

        À l'époque de Franco, ces ruptures dans les films étaient normales. Les scènes violentes, avec des connotations sexuelles, les gros-mots, et tout ce que le dictateur considérait obscène était censuré. Voici un autre domaine où les mains d'argent de Franco arrivaient pour découper ce qu'il ne lui convenait pas: les bandes de film.

        Cependant, Franco ne se contentait pas de censurer les films: les affiches souffraient tout de même des modifications, spécialement les femmes qui y apparaissaient. Les affiches à l'époque montraient trop de peau et cela constituait un scandale pour la société franquiste. Les censeurs procuraient de cacher les décolletés, les cuisses... Voyons un exemple:


À gauche, affiche originale; à droite, affiche espagnole.


        Une chose est claire ici: c'est très facile de jouer à trouver les sept différences. On ne dirait pas qu'il s'agit du même film. Nous voyons que le bikini que Raquel Welch dans l'affiche originale a été remplacé par un maillot de bain complet qui couvre le corps de l'actrice (ils ont laissé un décolleté prononcé malgré tout). Au-delà de ce qui est clairement visible, les hommes qui apparaissent dans un second plan sont aussi modifiés: leur portrait agressis (porteurs d'armes) est cachée par d'autres hommes d'apparence innocente. Puis les mots sont aussi censurés: le terme sexiest (sexy) est aussi supprimé.

        Surprenant, n'est-ce-pas? Vous n'y croyez pas? Vous pouvez trouver plusieurs exemples dans les liens ci-dessous. Vous pouvez comparer les affiches à travers les décennies: la censure, comme nous le savons, s'assouplissait progressivement, et, d'ailleurs, vers la fin du franquisme nous trouvons des contre-exemples et des contradictions comme celles-ci:


À gauche, affiche originale; à droite, affiche espagnole

        Et non, ce n'est pas une erreur... Cette affiche de 1975 représente la transition de la censure à la libération, le contournement d'un filtre défaillant et impuissant face à l'émergence d'un esprit nouveau.

        Soyez curieux et visitez les liens ci-dessous: vous y trouverez des comparaisons qui vous laisseront bouche-bée!


Armando Rouge



Lo que la censura se llevó, article de presse de El diario de Burgos.

Así censuró el franquismo a las divas de Hollywood, article de difundir.org.

Los carteles de cine prohibidos por la censura de Franco, de la revue Quo.

vendredi 10 avril 2020

La Loi de Presse de 1938: les ciseaux gagnent au papier

        Malgré le fait que la Guerre civile espagnole se termina le 1er avril 1939, le gouvernement franquiste s’était déjà installé en janvier 1938, ce qui représente l’effondrement de la république. L’une des premières mesures que Franco a adoptées concernait la presse. En effet, la Loi de Presse, mise en vigueur en avril 1938, prédisait un gouvernement autoritaire et hermétique.

        En premier lieu, tous les journaux et toutes les revues appartenaient maintenant au gouvernement, ce qui facilitait le contrôle de la presse espagnole. En plus, les journalistes devaient faire partie du Registre Officiel de Journalistes, et même leurs vies privées étaient contrôlées, afin de savoir s’ils étaient fidèles à l’idéologie du régime, et si ce n’était pas le cas, ils étaient bannis de la profession.

        En deuxième lieu, la loi, qui s’est endurcie progressivement, interdisait tout type de publication qui allait contre la morale (qui parlait de sexe), la religion (qui allait contre le catholicisme, rappelons que toute autre religion était de même illégale) et, bien sûr, la politique franquiste (les écrits républicains, considérés ‘’antinationaux’’). Pour contrôler les écrits qui apparaissaient en presse, le censeur se chargeait de réviser tous les articles de tous les journaux et de signaler tout élément qui ne respectait pas la Loi de Presse. Un exemple de censeur et l’auteur Camilo José Cela. D’ailleurs, le poste de censeur était très bien payé par le ministère.

        D’autre part, les illustrations étaient aussi censurées. Oui, comme vous le lisez. Il y avait une personne, l’illustrateur, chargée de modifier les dessins des journaux jusqu’à ce qu’ils s’adaptent aux conditions que demandaient la loi. Concernant les femmes, par exemple, les seins des femmes étaient réduits, le décolleté était diminué… Et, bien évidemment, cela ne restait pas que dans les illustrations : dans les articles et publicités, quelques mots étaient bannis, tels que culotte (‘braga’), cuisse (‘muslo’) ou aine (‘ingle’).



        La Loi de Presse de 1938 est remplacée par celle de 1966, qui desserre un peu la corde du cou des journalistes. Cependant, la censure persiste, même après la mort de Franco, en 1975. Après sa mort, lors d’une dictature sans dictateur destinée à l’échec, les journaux ont commencé à dire et montrer ce que, pendant toutes ces années, ils avaient dû taire et cacher. Nous verrons dans un autre article un exemple excellent de cette nouvelle presse qui émerge dans la Transition.

        En résumé : même le nombre de pages pour chaque publication était limité. Les mots, les traits des dessins, l’encre et les feuilles étaient restreints. Tout était contrôlé avec une loupe d’inspecteur. La Guerre civile se transforma en une bataille entre le papier des écrivains et des ciseaux des censeurs. Comme dans le jeu pierre-papier-ciseaux, les ciseaux gagnent toujours au papier.




Armando Rouge









La prensa y la dictadura franquista. De la censura hasta el ‘Parlamento de papel’:

Cómo se ejercía la censura de prensa durante el franquismo (hasta 1966):

Interviú: la revue qui marque le début de la libération

1976. Même pas un an après la mort de Franco, la revue Interviú  fait son apparition. En quoi est-elle spéciale? Il s'agit de la revue q...